Et pourtant, Ambroise Ouyi Tassane les avertissait : « Oh ! Barba-Bassar, n’abandonne pas tes enfants bassar pour qu’ils se battent entre eux ni contre les autres…unis-les comme des enfants issus d’un seul ventre »
Pendant que les blocs se construisent et se consolident partout sur le territoire, pour ne pas demeurer de simples « moutons de panurge », afin de profiter au maximum de cette 5ème République quoi que morbide, pour eux-mêmes et pour leurs communautés, les frères et sœurs, partisans et partisanes du RPT-UNIR section Bassari, ne cessent de se déchirer sur de petits détails, des problèmes de personne et d’égo.
Ailleurs dans les états-majors du parti, cadres et militants, parfois en intelligence avec les autres composantes de la société, se battent farouchement en groupe pour arracher des places de nominations dans les postes de décision, intégrer les bureaux des institutions de la République. Certains comme le ministre Gilbert Bawara n’ont pas honte de dire publiquement lors de la fête traditionnelle Sintou 2025 : « Quand l’occasion le permet, nous profitons pour intégrer suffisamment les natifs de Doufelgou dans les admis des concours de la fonction publique ». Il confirme la règle qui rejoint les propos de son collègue M. Bouraïma Kanfitine Tchede-Issa lors d’une sortie dite de sensibilisation dans son Tone natal en 2022 quand il confessait les contorsions que les cadres UNIR orchestraient pour intégrer leurs frères et sœurs dans la fonction publique. Les services de l’Etat et les biens publics sont ainsi réduits à des mangeoires dont se délectent les tenants du pouvoir ; ceux dont les bouches alimentent les ventres de tous les autres Togolais.

Mais paradoxe, dans leur grande hypocrisie, les Togolais ont peur de poser clairement le problème de l’ethnicisme qui mine les rouages de toute l’administration ; et pourtant, c’est cela la racine du mal qui couve et risque de finir par faire exploser tout le pays. Pour paraphraser le célèbre ethnologue, anthropologue et philosophe Claude Lévi-Strauss, dans Race et histoire (1952), on dirait qu’une frange de la population togolaise « vit dans un âge d’or où les postes et les nominations se cueillent comme des fruits et des fleurs ».
Sauf que chez les Bassari, c’est une division totale et les rivalités se multiplient. Les clivages sont encore plus graves dans la section du parti RPT-UNIR qui a pris en otage le pays Bassar depuis des années.
Chacun veut être haut perché afin de planer sur les autres. Un individualisme que certains mettent sous la coupole de l’égoïsme qui se manifeste comme de l’envie ou tout simplement de la pure la méchanceté. Les jeunes diplômés sont laissés-pour-compte car aucun baron ne veut les aider à trouver de l’emploi ou même aller à l’auto emploi. Et souvent, c’est celui-là qui ne vous connaît pas qui vous traite de bandit ou d’opposant partout où il passe.

Ce n’est plus aujourd’hui un secret pour personne, après le dépôt de dossiers à l’occasion d’un concours de recrutement, vient la phase des « affaires ». Les fameuses affaires constituent le seul et véritable examen « écrit » qui soit, puisqu’on peut aussi réussir sans avoir composé ! Ces jeunes se retrouvent livrés à eux-mêmes, condamnés à toujours échouer aux concours de la fonction publique. L’un d’eux s’est confié : « Depuis 6 ans, je traîne ma Licence en Lettres modernes ; j’ai passé 3 concours de recrutement des enseignants et un autre dans la santé, puis le tout dernier pour le recrutement des agents au ministère des Finances de décembre 2024, mais rien jusqu’à présent. Je m’apprête pour passer celui qui est encore lancé au titre du ministère de la Santé. Pourtant mon camarade de salle lors des trois derniers concours dans la même spécialité avait réussi lui seul à deux concours, d’abord dans l’enseignement, puis pour la santé. Celui-ci qui avait précédemment pris fonction dans l’enseignement a finalement quitté pour rejoindre la santé ». Il termine en disant : « Je ne sais qui voir pour m’aider… Je vais sûrement jeter une fois encore l’argent en l’air. J’ai regardé partout, mais personne pour m’aider… ». Le malheureux éternel candidat a, malgré tout, une maman grande militante RPT-UNIR Bassar et lui-même très connu des baronnets.
La guéguerre entre les cadres politiques s’est accentuée à tel point que même pour les candidatures aux élections législatives, régionales, sénatoriales et municipales, c’est le président Faure Gnassingbé qui est obligé d’interférer pour imposer les choix.
Ils étaient tous surpris lorsque Faure Gnassingbé a unilatéralement désigné l’ancien Chef d’état-major, le Général de Brigade aérienne François Tassounti Djato pour être le candidat aux sénatoriales. Car au départ, ils étaient au total neuf (9) prétendants du même RPT-UNIR. Alors qu’ailleurs comme Aného, c’est la communauté qui a désigné le Maire, Me Alexis Coffi Aquereburu, pour être Maire-Sénateur. Là au moins, c’est le verre à moitié plein, puisque le candidat est reconnu comme étant au service de sa communauté.
C’était la surprise totale lorsque le président du parti a désigné Prof Tchin Darré, un natif de Bassar, pour assumer les fonctions de ministre de la Santé et de l’Hygiène Publique au sein du gouvernement sortant. Car il y aurait déjà eu au moins trois (3) ministres auto-proclamés de Bassari qui n’attendaient que la confirmation de Faure Gnassingbé. Certains d’entre eux comptaient sur les prières et les promesses mystiques. Et selon des aveux, la section RPT-UNIR de Bassar avait décidé de ne pas adresser les félicitations au ministre Tchin Darré ni de l’accueillir dans son fief. Le mot d’ordre qui a duré quelques jours avait été brûlé par certains opportunistes qui recherchent l’approbation de la visibilité. Ce qui avait finalement abouti à un semblant de présentation des vœux de fin d’année des membres du parti RPT-UNIR vers le 18 janvier dernier.

Tout propos ou acte venant de l’un des camps suscite des attaques et la victimisation chez l’autre. Même la suite de cette présentation de vœux a été houleuse.
Pendant que certains remerciaient les initiateurs pour leurs diverses démarches et imploraient la bénédiction du Seigneur, d’autres répliquaient : « Dansez et appréciez-vous. Nous autres, nous savons nous-mêmes qu’on n’est pas cadres. Ce qui est sûr est que j’ai ma grande fierté d’être Bassar, un fils Bassar ». Et au neveu d’apporter la consolation : « Oncle Gaston, ne t’énerve pas pour ça. Nous savons d’où chacun vient. En tout cas, tout simplement moi je sais ceux-là qu’on classe parmi les cadres et nous qui ne le sommes pas. Ma seule fierté est que je sais d’où je viens, en commençant par le RPT pour arriver à UNIR. Je reste fier du travail que j’ai fait et que je continuerai par le faire pour le rayonnement de mon parti et pour l’honneur du chef de l’État ». On peut également lire la grande frustration de ce fils Bassar RPT-UNIR lorsqu’il se voit exclu des cadres : « Cessez de nous offenser car dans le Grand Bassar, on se connait. Retournons tous à la case départ ».
Pour rappel, le qualificatif « cadre » à Bassar n’est nullement lié au niveau d’étude, ni à la fonction occupée dans la vie. C’est d’abord être du courant RPT-UNIR et supposément considéré par le siège. C’est tout simplement l’influence présumée dans le parti.
L’autre affrontement aura été une saga de prières pour célébrer la victoire aux sénatoriales du candidat. A la publication des images dans le groupe WhatsApp du parti, un des cadres écrit ces lignes : « Merci beaucoup pour ces images et félicitations à vous. Je me demande pourquoi quand il y a de pareilles manifestations, nous autres ne sommes pas informés. On dirait qu’à Bassar, le militantisme est devenu une affaire de famille. Ce n’est pas bien. S’il y a pareille organisation, informez. En tout cas, on se connaît et je me réserve de dire certaines choses. Mais changez votre comportement. Merci ! »
Toutes ces querelles intestines en disent long car les promotions professionnelles sont rarissimes, plusieurs cadres sont en quasi-totalité éjectés des postes stratégiques ou admis à la retraite.
La déchéance est grande et impacte négativement le vivre-ensemble dans tout le pays Bassar. Un autre cadre du parti s’est plaint en ces termes : « On nous met en première ligne, mais quand nous demandons la moindre chose pour nos populations, on nous la refuse. Bassar est la seule ville au Togo où l’Etat construit une route internationale, reliant Sokodé-Bassar-Mango passant par Kabou et Dankpen, mais sans bitumer aucune artère dans la grande commune de Bassar. Voilà la triste réalité ». Ainsi fonctionnent les « alliances » sans rapport de force. On comprend le désarroi de ces gens, condamnés à suivre et à obéir, tels des moutons de Panurge.
Ils ont en plus la chance d’être conduit par un préfet bien éclairé qui parle en leur nom comme en témoigne ce chiffon de communiqué du 02 mai dernier appelant les moutons de Panurge à « marquer leur soutien légendaire, indéfectible, populaire et authentiquement Bassar, aux institutions de la république et surtout au Président du conseil des ministre, véritable Patron, notre champion et leader éclairé… », dixit Col Assiah Hodabalo.
Et le récent coup de gueule d’un membre du parti sonne le regret du passé : « Nous avons combattu la politique des uns dont nous avions jugé les résultats insatisfaisants ; néanmoins avec eux, Bassar avait gardé sa dignité sur tous les plans ». La chute des propos de ce docteur est encore plus révélatrice du déclin : « Hier le 26 avril 2025, notre préfecture a été dignement représentée par les danseuses de KOURGNIMA dans le cadre du FesNaD, mais nous n’avons pas été à même de mobiliser ne serait-ce que 25 personnes pour les soutenir. Mais cela ne m’étonne pas puisqu’aucun intérêt n’était en jeu pour les uns et les autres. Depuis un moment, la politique de Bassar se repose sur l’individualisme pour ne pas dire le mercantilisme».
Le peuple bassar, plus que quiconque au Togo, devrait pouvoir s’approprier l’élan démocratique qui anime le peuple togolais. Les yeux de beaucoup devraient s’ouvrir à la lecture de ces pages ; ils devraient pouvoir comprendre ce qui leur arrive et en prendre conscience. Il est temps que les conditions soient créées pour faciliter l’émergence du vivre-ensemble dans ce coin du Togo. Par exemple : bientôt les élections locales. Le Togo compte déjà beaucoup de partis, du moins sur papier. Il urge que des voix locales voient le jour et canalisent les énergies de ce milieu vers une vision prospective. Pourquoi ne pas susciter des candidatures indépendantes et sérieuses ? De vraies candidatures de cadres honnêtes au service de la communauté pour faire barrage à cette malveillance qui a brisé cette fierté d’être un Vrai Bitchimbé.
B.Douligna










