
L’inquiétude se lit sur tous les visages lorsqu’on voit l’état calamiteux dans lequel se trouve le chantier destiné à abriter le musée des anciens objets du Peuple Bassar. Situé, en en bordure de la plus grande artère de la commune de Bassar, notamment la voie de contournement de la ville, devenue, depuis mi-août 2025, la route de contournement par excellence des monts Alédjo et Défalé, les voyageurs peuvent apercevoir ce site avec des bâtis inachevés, en détérioration et abandonnés dans les buissons.
En effet, il est ancré dans la mémoire collective que la ville de Bassar regorge de beaucoup de sites archéologiques. C’est dans le sens de préserver ce patrimoine culturel, qu’il a été lancé, en avril 2021, un vaste projet pour la valorisation de l’écotourisme en Pays Bassar. Dénommé, projet de préservation du patrimoine culturel pour le tourisme en pays Bassar, la cérémonie de lancement s’est déroulée en présence de l’ancienne ambassadrice de France au Togo, Mme Jocelyne Caballero, de l’ex-ministre de la Culture et du Tourisme, M. Pierre Kossi Gbenyo Lamadokou, ainsi que des partenaires du projet et des autorités locales. L’initiative inédite portée par l’Association Tourisme et Vie (ATV) a bénéficié d’un important co-financement du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères pour un montant de plus de 592 000 euros soit 388. 326. 544 Francs CFA. Les autres partenaires étant l’UNESCO, l’Université de Toulouse et le ministère togolais de la Culture et du Tourisme de la République Togolaise.
Il s’agit d’un projet à trois composantes à savoir : la réhabilitation des hauts fourneaux de Nangbani, la valorisation de la gestion durable des sites comme moteur du développement économique local, ainsi que l’accompagnement et la promotion touristique des sites.
S’agissant de la première composante qui est la réhabilitation des hauts fourneaux de Nangbani, également connu sous le vocable de « M’Pampou 1 », elle est une initiative très importante pour la préservation du patrimoine historique et culturel d’une des grandes civilisations du Togo et de la sous-région ouest-africaine. Ce projet vise, non seulement, à protéger et à valoriser le patrimoine culturel, mais aussi à promouvoir le tourisme et à sensibiliser la population locale à l’importance de la conservation de ce site historique. Cette première composante qui vise la valorisation des sites archéologiques du fer, sa mise en œuvre a été attribuée à l’Université de Lomé et au Ministère de la Culture et du Tourisme, à travers la Direction du patrimoine.
Hauts fourneaux de Nangbani, dont les dernières activités datent de 1900
Situé à environ 3 km du centre-ville de Bassar, ce site s’étend sur une superficie d’environ 5 hectares et est reconnu pour ses anciens procédés de production de fer datant du 13e siècle. Ces hauts fourneaux de Nangbani (plus d’une centaine) sont des structures impressionnantes, atteignant environ 4 mètres de hauteur, construites à partir de matériaux locaux comme l’argile et la paille. Le site a fait l’objet de recherches archéologiques et est considéré comme un patrimoine à conserver pour les générations futures. Dans le cadre du présent projet, ces hauts fourneaux, pour leur préservation ont bénéficié de la construction des hangars métalliques. Une partie du site a été reboisée avec des espèces forestières visant à restaurer le couvert végétal et attirer l’écotourisme. De plus, des travaux de restauration des pistes rurales ont été faits pour améliorer l’accès au site.
Le second projet vise la valorisation et la gestion durable du site comme moteur du développement économique local. L’acteur de mise en œuvre de ce projet est l’Association Tourisme et Vie (ATV). Il a constitué à la collecte et à l’inventaire des objets historiques devant équiper le musée.
Le dernier volet a été confié au ministère de la Culture et du Tourisme à travers la Direction de la promotion touristique. Tous ces trois maillons destinés à la création des écohabitats autour du site n’ont pas encore été totalement exécutés. Aussi, les locaux destinés à servir de banque culturelle ou de musée d’histoire se présentent-ils aujourd’hui comme une ruine de guerre. Alors que les objets collectés auprès des populations par le système de la banque culturelle et ceux issus de la fouille archéologique de OUKPANSSANDJA y devraient être déjà exposés pour leur conservation et restauration.
Les différentes propositions ont été tirées du mémoire de Master du principal promoteur, M. Bassabi Lantame, qui est aussi le responsable de l’ATV. La problématique de ses recherches a porté sur l’écotourisme comme solution de conservation du site métallurgique des hauts fourneaux de Nanbgani, son village d’origine. Et c’est ce mémoire qui a été la boussole pour le financement et l’exécution des travaux.

Malheureusement, la quasi-totalité des fonds destinés au financement du projet a été débloquée, mais les informations qui circulent, témoignent d’une mauvaise gestion de ces fonds sous le règne du ministre Kossi Gbenyo Lamadokou, cet ancien ministre de la Culture et du Tourisme. Selon nos investigations et en interrogeant, M. Lamadokou à l’époque, devenu maire de la commune d’Agoè-Nyivé 5, depuis octobre 2025, on comprend que des malversations financières ont eu lieu sur une longue chaîne impliquant le ministre lui-même, ses collaborateurs et les différentes entreprises qui sont intervenues sur le projet. Certains soupçonnent également des rétrocommissions au profit de certaines autorités locales. Selon l’ancien ministre, même les gestionnaires de l’Ambassade de France n’auraient pas été clairs dans le décaissement des fonds alloués au projet. Ce qui est déplorable.
Non seulement, les fonds sont presque dilapidés, mais aussi, le plan des bâtiments a été faussé, les matériaux qui devraient être locaux (terre stabilisée), sont faits en brique de ciment. Un natif qui a été acteur du projet confie : « Je fais partie du comité technique de suivi du projet. Chaque trimestre, on se déplaçait à Lomé pour la présentation des activités menées sur le terrain sur invitation de l’ambassade de France. Il y a de cela plus de deux ans, c’est un silence radio sur le projet. », L. Napo.
Entre temps, l’idée d’une plainte devrait être signée par les autorités locales compétentes (le maire de la commune Bassar 1, le préfet et le chef canton) contre le ministère du tourisme (du règne de Kossi Lamadokou), mais ces dernières ont brillé par la peur du néant et le projet de plainte n’a finalement pas abouti.

C’est ainsi que depuis octobre 2023, la Rédaction de « TAMPA EXPRESS » a questionné, à travers un courrier Son Excellence l’Ambassadeur de la République française au Togo, mais ce dernier n’a jamais répondu, malgré les différentes démarches.
Les diligences ont été faites également vers le maire de la commune Bassar 1 de l’époque, M. Gbati Djani Lentame Kokou, sans trouver de réponse. Aux dernières nouvelles, la marie ne dispose ni rapport ni procès-verbaux sur l’exécution de ces travaux.
Le projet qui a été lancé, depuis le 22 avril 2022, pour finir au bout de deux ans, sous l’ambassadrice de France, Jocelyne Caballero est loin de finir cette année 2025, soit 3 ans après. Et c’est la patate chaude que cette dernière et Pierre Lamadokou ont filé à leurs successeurs, respectivement, l’Ambassadeur Augustin Favereau et Isaac Tchiakpé, l’actuel Ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts.
A suivre…
B. Douligna










