La française Compagnie maritime d’affrètement – Compagnie générale maritime (CMA-CGM), spécialiste des porte-conteneurs. Malgré la crise économique mondiale, le groupe réalise un bénéfice (avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement) atteint quant à lui 13,4 milliards de dollars en 2024, soit une marge de 24,2 % et une hausse de 5,1 points par rapport à l’année 2023.
Au Togo, CMA CGM impose une facture dans un secret de polichinelle à ses clients qui ne bronchent pas. Ni le port, ni la clientèle et la corporation des commissionnaires agréés en douane… Elles sont pourtant deux grandes ; l’Association des Commissionnaires en Douane Agréés du Togo (ACDAT) dont le SG M. Koffigan Dodji Akakpo et l’Union Professionnelle des Agréés en Douane du Togo (UPRAD-Togo) dont le président M. Patrick Magnon.
C’est la « loi du talion » et dont les peuples sous le lourd fardeau de la vie chère et les opérateurs économiques qui s’accommodent très facilement. L’autorité gouvernementale et partenaires au développement parlent de résilience alors qu’il s’agit d’une paupérisation sans précédent de la masse.
Tout étranger qui foule le sol Togo sait que le Togolais est résigné et prêt à faire le travail de Nègre pour assurer sa survie. Et les firmes étrangères en profitent énormément pour engranger des sous surtout que le code du travail en vigueur depuis 2010 leur donne des avantages considérables sur les employés. Aujourd’hui dans le secteur stratégique maritime, seules les compagnies étrangères dominent et ce, depuis la liquidation hasardeuse de la SOTONAM. Les quelques sociétés privées togolaises qui avaient fièrement pris le relais comme TAAL-SA, Groupe GATO, et plus tard INTER SEAS TOGO.… ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes.
L’escroquerie de la CMA CGM consiste à une facturation fictive qu’elle désigne sous l’appellation « Security container garantee at destination » et en plus de la rubrique de facturation, « Collection fees ».
En effet, l’opération dénommée échange Bill of Lading (BL) qui peut prendre la forme de bordereau d’expédition (Waybill) et le BL électronique (Paperless BL) est soumise à une certaine facturation. Lorsqu’il s’agit de BL physique, la facture de l’échange ne compte que la remise documentaire, la prestation et quelques débours.
Mais quand il s’agit de la dématérialisation du connaissement, l’on ajoute en option la facture de waybill ou télex. En matière des marchandises conteneurisées, il faut en plus une caution remboursable qui couvre le conteneur vide lorsque celui-ci sera dépoté à l’extérieur de la zone portuaire. Le montant est moyennement 300 mille FCFA (EUR 457,35) et 500 mille FCFA (EUR 762,25) respectivement pour une boîte 20 pieds et 40′ lorsqu’il s’agit des dépotages sur le sol Togo et de 500 mille FCFA (EUR 762,25) et 1 million de FCFA (EUR 1 524,49) quand le TC est à destination de l’hinterland. Sachant bien évidemment que sauf extraordinaire, les pays côtiers n’acceptent pas le transport des conteneurs via les frontières terrestres.
Cette caution peut prendre essentiellement trois formes. Il faut préciser que les conteneurs personnalisés ou dernier voyage ne font pas l’objet de caution mais soumis à la déclaration et dédouanés.
La première option qui est la plus vieille, consiste à verser de l’argent liquide avant de soulever le conteneur. Mais, imaginer le montant à verser quand il s’agit de l’enlèvement de plusieurs boîtes.
Alors plusieurs lignes maritimes admettent les cautions bancaires qu’elles soient temporaires ou permanentes. Cela constitue un business fructueux mais risqué pour certains opérateurs qui possèdent ces cautions pour couvrir les enlèvements des autres opérateurs. Ce qu’ils refacturent entre 35 mille FCFA (EUR 53,36) et 50 mille FCFA (EUR 76,22) en fonction du type de conteneurs et la mesure du risque. Certains le font sur la base d’un taux mensuel entre 10 et 15% lorsque la consignation exige l’immobilisation de l’argent en liquide.
Mais la plus innovante a été l’introduction par certaines maisons consignataires d’une facture assurance conteneur obligatoire. Elle a été introduite pour la première fois par la société MAERSK TOGO vers les années 2018 pour une valeur de 28 000 FCFA (EUR 42,68) sans distinction pour le Dry 20′ et 40′. Cette opération est externalisée auprès de la compagnie d’assurance GTA-C2A.
Peu après la société MAERSK TOGO, c’est la société CMA CGM qui entre dans la danse avec le même type de produit d’un montant de 15 750 FCFA/Hors taxe (EUR 24,01) et par conteneur auquel il faut ajouter la TVA de 18%. Mais contrairement à MAERSK TOGO qui a commis une compagnie d’assurance pour percevoir les fonds, la française elle-même facture et encaisse. C’est peut-être ce qui explique l’écart entre le tarif de MAERSK TOGO et CMA CGM.
Ce mécanisme qui permettait aux opérateurs d’évoluer sans immobiliser de l’argent a été malheureusement interrompu unilatéralement et sans concertation par CMA CGM sous prétexte que les conteneurs qui vont au Niger et au Mali ne reviennent plus ou à temps. La société exige désormais de verser les cautions en liquide. Toutefois, elle continue de faire payer cette facture d’assurance. Ce qui n’est pas du goût des opérateurs qui réclament l’annulation de cette facturation sans objet valable, mais peine perdue. Est-ce un deal entre la société et d’autres acteurs pour se partager ces fonds ? Imaginez les millions de conteneurs qui subissent ces factures dans une année et durant des années.
Au même moment, son concurrent MAERSK TOGO maintient la formule sans interruption. Sauf qu’en 2022, MAERSK TOGO refuse de libérer ses conteneurs sur le Niger à cause des lourdes pertes liées à l’insécurité, mais cette assurance continue pour les autres pays de l’hinterland. Tout conteneur à destination du Niger devra désormais être dépoté au port de Lomé. Une chose incompréhensible pour deux entités évoluant dans le même domaine d’activité et partageant le même climat des affaires.
La deuxième constatation porte sur les frais « Collection fees » de 20 000 FCFA/Hors taxe (EUR 30,49) et par conteneur. Pour la compréhension des importateurs, ces frais sont destinés au rapatriement des frais additionnels comme la collecte de fret et des frais de Waybill/Telex. Souvent dans la pratique, c’est un montant plafonné, mais qui est fixé dans la proportion de la somme facturée et non le nombre de conteneur sur le connaissement. Sauf que chez CMA CGM, les « Collection fees » sont en fonction du nombre de conteneur sur le BL. Vous constaterez que sur l’extrait de facture ci-dessous comportant 7 conteneurs 40’, la deuxième ligne est facturée à 15 750 FCFA par HC soit au total 110 250 FCFA (EUR 168,08) pour 07 conteneurs et la première ligne donne 20 000 FCFA par TC soit 140 000 FCFA (EUR 213,43) pour les 7 HC. Ce qui dit que pour chaque 15 750 FCFA, la compagnie CMA CGM facture 20 000 FCFA pour les frais de rapatriement des fonds. En conclusion, les frais de transferts font plus de 126,98% du montant à rapatrier c’est-à-dire plus que le montant de la prestation elle-même. Un taux d’usurier qui alourdi les frais portuaires qui ont par ricoché un impact négatif sur la cherté du port de Lomé par rapport aux autres ports concurrents de la sous-région.

Cette pratique représente une particularité de la compagnie CMA CGM et donc une anomalie qu’on ne retrouve pas dans les facturations des autres compagnies de la place. Sur la place financière, ni WESTERN UNION ni les banques n’utilisent pas ce taux d’usurier pour le transfert de fonds.
La rédaction reviendra sur une analyse plus approfondie des tarifs qui sont appliqués par les compagnies maritimes installées en terre togolaise.
C’est ça la réalité du beau climat des affaires au Togolais. Aucun syndicat de transitaire ni des consommateurs n’en parle ouvertement. On constate que depuis quelques années, le Ministère de l’Economie Maritime s’est réduit à un observatoire laissant chacun dans son bitos au détriment du panier de la cherté de la vie. Car ces prestations de contrebande sont souvent enregistrées dans des comptes d’attente et nom de produits pour consolider le chiffre d’affaires. Ces comptes qui portent de grosses sommes échappent souvent au fisc et c’est par ces comptes que sont alimentés les enveloppes de la corruption et assimilée.
A travers un courrier (N/Réf. : FNK/009/2025 du 21 mai 2025), la Rédaction a interpelé la compagnie CMA CGM avec copie au Ministère de l’Économie Maritime, de la Pêche et de la Protection Côtière, mais celle-ci a préféré garder le silence.
Tout le monde avance un faux prétexte de la peur des représailles. Mais la triste réalité est que derrière chaque secteur est créée des comités et commissions qui se réunissent périodiquement pour empocher des avantages induits.
B. Douligna
« TAMPA EXPRESS » numéro 0082 du 30 juillet 2025










