La révolte actuelle du peuple est la résultante de l’absence de vision de ses dirigeants, le manque de perspectives pour les citoyens et de la répression à tout vent. Au Togo, on séquestre, torture, coupe le souffle de vie impunément. Cependant, ce sont les bourreaux qui accusent les victimes de tous les maux. Ces tristes moments de noirceur ont instauré une paix de cimetière. Au fil des témoignages et autres faits, le pays et principalement Lomé est parsemé de villas et autres lieux d’écoute, de torture et de dévitalisation. Les pratiques sont telles qu’on a l’impression que les « digérants » ont perdu toute humanité. Et pour preuves, les sévices dont ont fait objets les manifestants du 6 juin dernier, dont des femmes. Même les psychopathes arrivent à avoir des moments de lucidité, cependant les adeptes du pouvoir de Lomé n’en sont pas capables, apparemment. L’heure est d’une gravité extrême.
Comprendre la nature du pouvoir politique et la nécessité de garde-fous!
Le pouvoir est la capacité naturelle ou confisquée ou déléguée par la loi ou par mandat ou encore par procuration pour exercer une autorité ou une compétence dans le but d’atteindre des objectifs. Ce qui veut dire que le pouvoir est intrinsèquement une violence exercée et par conséquent il comporte la possibilité d’en abuser. Surtout que les visées qui commandent l’exercice du pouvoir ne sont toujours dans l’intérêt de tous. Le potentiel d’abus est exponentiel, en l’absence de bon sens et de contre-pouvoirs. Ainsi, lorsque les éléments de contrôle tels que les députés (l’Assemblée nationale ou le Parlement), les juges, les forces de l’ordre, la presse sont aussi gangrenés, ils se muent en instruments de répression ou des béquilles, au lieu de susciter, entretenir la confiance, la justice et le contrôle. Et c’est malheureusement le cas dans les « démocraties africaines » la plupart du temps.
C’est ce qui fait dire à Platon que : « la plupart des hommes au pouvoir deviennent des méchants ». Et pour Denis Diderot, « le méchant n’est qu’un enfant robuste ». Imaginez donc ce « méchant disposant de pouvoir politique » qui à l’instar d’un enfant manque de réflexion, de maturité dans son comportement et faisant preuve de futilité, de broutilles entre autres. Ecclésiaste 10 :16 nous dit « malheur à toi, pays dont le roi est un enfant, et dont les princes mangent dès le matin ». D’où la nécessité de disposer d’un pouvoir politique éclairé, inductible et imputable de surcroit. Singulièrement, « avec la crise, une refondation politique tente de se frayer un chemin au milieu des difficultés et des égoïsmes », selon Orient XXI.
Le manque de vision et de planification stratégique ou le nœud gordien à défaire, autrement c’est opter pour le suicide collectif
Fondamentalement, le Togo est un désert d’infrastructures sur tous les plans. La terre de nos aïeux a pris un retard d’au moins un quart de siècle sur ses voisins immédiats. Les 20 plus de Faure de 2005 sont devenus des « 20 moins, en 2025 ». « La plus forte injustice n’est-elle pas le développement inégalitaire » déclarait le chef de l’État lors de son allocution du 26 avril 2012. Entre temps, son ministre Christian Trimua justifiait la situation en prétextant que « lorsque le président Faure Gnassingbé a accédé au pouvoir en 2005, il a hérité d’un pays socialement délabré, économiquement exsangue et politiquement divisé ». Malgré tout, le constat général est qu’en cette année 2025, l’état de situation du pays est catastrophique sur tous les plans et pire que tout ce qui a été dans ce pays. Seules la répression et la torture sans bénignité y ont le vent en poupe pour préserver le pouvoir d’une seule personne.
C’est ainsi qu’on note malgré le niveau d’endettement abyssal :
- L’absence de perspectives pour les jeunes;
- Le Togo est le seul pays sans réseau ferroviaire, sans gares routières de ce nom; sans maisons de la culture, sans palais ou centre de spectacles, ni un véritable archivage et musée national, etc.;
- Pas de routes nationales aménagées ou adaptées à la circulation actuelle, car la plupart d’elles ont encore les dimensions de la période coloniale, tellement elles sont étroites. Toutefois, on dénombre une vingtaine de postes de péage, pour siphonner encore plus les citoyens;
- Pas d’hôpitaux construits et équipés, alors que les quelques qui tiennent encore sont tellement vétustes et dépassés en termes de capacité d’accueil, entre autres;
- Pas d’écoles ou de centres de formation de fin du 20e siècle pour apprendre à produire les biens élémentaires pour sa population, encore moins du 21e.
- Pour près de 9 millions d’habitants, le pays en compte que 2 universités publiques, Université de Lomé crée en 1970 (73 291 étudiants, 577 enseignants permanents) et l’Université de Kara inaugurée en 2004 (22 000 étudiants pour la rentrée 2023-2024 et 224 enseignants) dont les capacités d’accueil ne tiennent plus du tout;
- Absence d’un véritable politique agricole, et donc aucune stratégie pérenne de maîtrise de l’eau dans l’objectif d’atteindre l’autosuffisance alimentaire dans un avenir proche;
- La cherté de la vie y est la chose la mieux partagée, et les coûts de besoins de base comme l’eau, d’électricité, le gaz, le carburant y sont globalement plus élevés que chez des voisins, dont certains sont enclavés et viennent s’y approvisionner;
- La corruption endémique n’est pas combattue, de sorte que M. Abdoulaye YAYA, Président de la Cour suprême du Togo, dira en février 2023 que « la minorité pilleuse qui a été dénoncée dans ce pays est devenue une majorité prédatrice tentaculaire, et à cette allure, personne n’est en sécurité… En dehors du football, la corruption est devenue le sport national ».
Un exemple de pilotage à vue dans une dimension machiavélienne

Incendie au Grand Marché de Lomé
Par exemple, les incendies successifs des marchés au Togo sans changement de paradigme sont très symptomatiques du pilotage à vue du pouvoir de Lomé. Ces marchés qui sont en quelque sorte les « places boursières de nos sociétés » brulent l’un après l’autre sans renforcement des mécanismes d’alerte et de lutte contre les incendies, ou encore de couverture assurance contre les risques. Encore que leur reconstruction relève de la chimère. On peut citer les principaux cas, tels que l’incendie du marché de Kara (09.01.2013, du grand marché de Adawlato-Lomé (12.01.2013) et non encore reconstruit en juillet 2025, celui du nouveau Marché de Kara (02.01.2022), du marché de Kpalimé (24.03.2022), du Marché de Hanoukopé-Lomé (10.04.2022), du marché de Agoè Assiyéyé-Lomé (21.12.2023), du marché de Kara (25.12.2023), du marché de Kégué- Lomé (03.09.2024), du marché de Amou-Oblo Amou (27.12.2024), du marché de Adidogomé Assiyéyé Lomé (31.12.2024). Des milliers de ménages sont directement impactés par ces drames, qui émeuvent à peine ceux qui se disent les dirigeants du pays.
La répression aveugle en continu, c’en est de trop!
Le Togo est le pays de la sous-région ayant plus de citoyens à l’extérieur pour cause de répression politique et socio-économique. Depuis des décennies, la violence politico-militaire est devenue une ration pour les citoyens Togolais, sans les faire fléchir pour autant. On peut citer pêle-mêle les contestations politiques emblématiques des années 1990 à 1994, la tragédie togolaise de 2005 avec les centaines de citoyens massacrés (entre 400 et 500 personnes tuées selon le rapport de l’ONU et 811 morts et à 4508 blessés selon la Ligue togolaise des droits de l’homme) pour la confiscation du pouvoir par Faure Essozimna Gnassingbé après le décès de son père, les contestations de 2012-1013, celles de 2017-2018, et après les élections présidentielles de 22 février 2020. Plus d’une centaine de citoyens sont emprisonnés pour leur engagement politique, dont certains depuis les contestations de 2017-2019. Même des membres de la diaspora en séjour au pays finissent dans les geôles comme M. Abdoul Aziz Goma arrêté le 21 décembre 2018 ou Jean Paul OMOLOU incarcéré depuis novembre 2021, etc.
Cette année 2025, c’est Affectio, Honoré Sitsopé Sokpor, qui a été arrêté le 12 janvier 2025 toujours détenu, dont le délit est d’avoir publié un poème intitulé « fais ta part » qui aurait apparemment « a porté atteinte à la sécurité intérieure de l’État ». Récemment, le rappeur Essowè Tchalla alias Aamron, le « Messager », a été enlevé nuitamment le 26 mai 2025 à son domicile par une horde de forces de sécurité ou de militaires encagoulés, torturé et interné dans le centre psychiatrique de Zébé avec la présomption qu’il serait fou. Tellement que le musellement est gisant au Togo, qu’on est considéré comme fou parce qu’on ose dire ce qui ne va pas. Il a été libéré entre temps, à la veille des manifestations des 26, 27, 28 juin 2025. Cela n’a rien changé à l’engagement des citoyens pour un lendemain meilleur. Par ailleurs, Aamron s’interroge : si ceux qui doivent nous protéger nous menacent, qui nous protègera d’eux ? Quelle autorité doit punir les autorités qui violent les lois en outrepassant leurs prérogatives ? Il faut dire que les nouvelles vagues de contestations depuis juin 2025 donnent lieu à des scènes de répression, de tortures d’une cruauté sans pareil, avec l’utilisation sans retenue de miliciens. Le gouvernement est dans le déni total, allant jusqu’à renier la présence de ces miliciens lors des répressions. Pire, dans leurs fourvoiements et mystifications de la vérité, ils donnent pour les mêmes faits différentes explications.
Bref, la rupture est totale entre le peuple et les gouvernants qui sont perçus comme des violeurs, des détourneurs, des menteurs, les abuseurs qui répandent des informations fausses et préjudiciables sur la victime. C’est en sorte celui qui est trempé dans toutes les manigances qui traite les autres de non-étique. Dans le cadre des élections municipales du 17 juillet 2025, des images relatives aux bourrages des urnes et à la fraude électorale circulent sur les réseaux sociaux depuis la matinée du scrutin municipal du 17 juillet dernier, montrant à suffisance la descente en enfer de l’éthique de vie au pays. Les images poignantes, montrent des gens qui sont désignés pour assurer la transparence de ce scrutin et des chefs coutumiers qui procèdent aux bourrages des urnes sans que la sécurité publique et les magistrats déguisés en présidents de CELI ne réagissent. A ce jour, personne n’a été inculpé par le Procureur de la république alors que la fraude électorale relève du Pénal. On peut se demander qui est citoyen entre les nombreux abstentionnistes dans un pays où le vote n’est pas obligatoire et ces individus qui prennent le plaisir de voler des élections.
Par ailleurs, le jour même de ces élections, plusieurs reportages ont fait état d’une relative faible participation non seulement à Lomé (moins de 15%, selon les observateurs indépendants), mais aussi à l’intérieur. Toutefois, les résultats préliminaires annoncés les 19 et 20 juillet (55,02% selon la CENI) laissent présager qu’il y aurait une participation totale record avec des taux de participation à plus de 99% dans certaines communes, certaines de ces communes avec des taux de participation à la soviétique sont dans des zones septentrionales à forts défis sécuritaires. Cela relève presque de l’extraterrestre. Il faut alors vite arriver à renverser cette situation pour que notre pays ne ressemble pas demain à un pays comme Haïti. Il urge de rétablir et renforcer les principes moraux et les valeurs éthiques dans tous les domaines, tels que la gouvernance politique, les familles, les masses populaires…
Revenons à l’essentiel, la construction du bonheur collectif. Une sagesse africaine nous enseigne que « quand un arbre tombe, on l’entend ; quand la forêt pousse, pas un bruit ». Alors, faisons en sorte que la forêt commune, la terre de nos aïeux, pousse sans le bruissement de la division, de l’exclusion de certains, entre autres.
Joseph Atounouvi
« TAMPA EXPRESS » numéro 0082 du 30 juillet 2025










