Pendant que des gens réclament, au prix de leur vie, des réformes politiques et un retour à la normale du système démocratique, d’autres personnes continuent de s’imposer tristement dans ce qui est devenu une compétition à ciel ouvert de criminalité, au nom d’un militantisme sauvage. Ils s’entretuent juste pour un petit poste politique. À l’heure où le bilan n’est même pas envisagé, on se demande où va notre monde, et surtout qui va discipliner nos hommes politiques dans leur promptitude à toutes les basses besognes au service du statu quo.
C’est devenu un sujet normal dans les causeries, que des gens périssent par envoûtement ou empoisonnement, au nom des luttes politiques. Tout le monde répond que la politique n’est pas un jeu d’enfants et que ceux qui y vont devraient s’attendre à tout. C’est ainsi qu’on a légitimé dans l’opinion populaire la libre expression d’une sauvagerie contemporaine. La vraie sorcellerie, c’est quand cette tuerie (en masse) légitimée est orientée contre des poulains, dans un même camp. Comme si une trompette avait sonné contre une tour qui s’écroule de l’intérieur dans un étourdissement spectaculaire. Vous avez dit que vous ne voulez pas de voix discordante, et donc vous rasez tous ceux qui lèvent la tête depuis l’autre camp. Mais pourquoi ça tombe encore dans votre propre camp, sous vos propres balles ? Des luttes intestines qui minent l’image générale, sans compter l’avenir. Des empoisonnements aux envoûtements, en passant par des exécutions extrajudiciaires. Pourquoi des frères d’une même communauté réunis autour d’une marmite qui se veut intarissable se tuent-ils ? Et si on en parlait enfin ?
D’abord il est question d’un duel entre le mérite et la médiocrité, la lumière et les ténèbres, le vrai et le faux. Et quelqu’un qui manque d’arguments convaincants ne peut que recourir au hors-jeu. Ensuite le climat général est propice aux sauvageries de toutes sortes. Au village des sanguinaires, c’est avec des armes que les enfants s’amusent. L’absence de plus en plus notoire de repères fiables est devenue source de dégénérescence généralisée. Enfin l’épuisement d’un système se caractérise par une somnolence sur tous les plans qui sonne comme des prémices à un fiasco inévitable à ce rythme. Ceux qui ont l’occasion de piller n’hésitent pas ; ceux qui ont la main marchandent ce qu’ils détiennent et ceux qui pactisent misent de plus en plus gros. Et les champions des tueries s’illustrent également dans leur coin. Ainsi va une république abandonnée aux mains des rapaces.
On me dit qu’il y a des dossiers beaucoup plus urgents que celui des frères et sœurs qui s’entretuent en politique et qu’ils aillent attendre dans les couloirs du tribunal céleste. Et justement je réponds que dans un contexte où le débat est verrouillé sur les questions essentielles, on peut au moins le mener sur les détails, en attendant qu’un jour quelque chose change. Voilà pourquoi nous tirons la sonnette d’alarme sur ce fléau social qui est trop grave pour être tu. Pendant qu’on y est encore, amusons-nous à souffler dans l’air, en espérant que cela parvienne aux majestueuses oreilles du Roi, lui qui se bombe le torse que personne de sérieux sous les tropiques ne prétend à son trône glorieux. Disons-lui donc que tout ce que nous demandons pour l’instant, c’est qu’il discipline ses troupes. Que la Coordination nationale des Bleus institue des critères de mérite autour des nominations politiques (critères de séniorité, de compétences, de diplômes et d’âge notamment). Qu’on identifie nommément les loups parmi les frères brebis militants (puisqu’ils se connaissent tous, ils savent qui est qui), qu’on leur retire les pouvoirs décisionnels au sein des corporations. Qu’on cesse de rendre des hommages populaires à des gens tristement célèbres dans leurs localités. Qu’on mette fin à l’impunité des nuls qui légitiment leur présence en politique par le triomphe de leur barbarie. Que le militantisme dans ses règles de base soit enseigné au sein des troupes, avec un système de suivi qui impose la civilité dans la bergerie. Que désormais chacun comprenne que le combat en politique ne se mène pas au profit de l’abîme, mais au service du bien-être du peuple. Qu’il en soit ainsi, pour l’image de la République.
Hervé Kissaou Makouya
« TAMPA EXPRESS » numéro 0079 du 13 juin 2025










