La dépouille de Wada Nissaou a été semée (sic) sur sa terre natale à Binaparba, le samedi 31 mai 2025, sous les regards attristés et révoltants de tous ceux qui l’ont connu, aimé et ont appris les circonstances ayant conduit à sa mort. Ils étaient inconsolables avec des pleurs et des lamentations. Elèves, parents, enseignants et plusieurs couches sociales ont fait le déplacement de Bassar pour dire leur « adieu » à l’illustre disparu.
« Jusqu’où iront les frères ennemis ? », telle était l’interrogation qui a soutenu un titre à la une de TE, le « Journal qui débouche les tympans !», dans sa parution n° 0077 du 14 avril 2025. Un article qui a fait l’état des lieux de la déliquescence des relations entre frères et sœurs du Pays Bassar et mis l’accent sur la guéguerre entre les membres et « cadres » du parti Union pour la république (UNIR), section Bassar. À peine six jours plus tard, cette section RPT-UNIR est de nouveau frappée par un grand deuil, le décès d’un militant de la 1ère heure et pas des moindres, le tout nouveau Secrétaire Général (SG) de la grande Préfecture de Bassar.
En effet, Wada Nissaou fut l’incontournable des circonscriptions électorales de la « Zone des 5 B » pour UNIR. C’est-à-dire les quartiers Binaparba, Binawaliba, Bikpassiba, Bikouliba et Bidobab en plus Monde et Lagonde. Une zone stratégique, tout comme Wandandé dont les résultats, vrais comme faux, donnent toujours la victoire au RPT-UNIR. Le désormais feu Wada Nissaou a été nommé par arrêté n° 0160/2025/MATDCC-CAB au poste de Secrétaire Général de la préfecture de Bassar, le 18 avril 2025. Son prédécesseur, M. Nadjombe étant admis à faire valeur ses droits à la retraite. La passation de service a eu lieu dans l’après-midi du 22 avril 2025, en présence du préfet Colonel Assiah Hodabalo et de plusieurs barons natifs du milieu dont l’ancien ministre Ninsao Gnofam. Les médias n’ont pas été associés à cette passation, comme on le fait dans d’autres préfectures. Mais selon les participants, l’ambiance était cordiale du début à la fin de la cérémonie et chacun est rentré chez lui. Cependant, Wada Nissaou n’a plus revu son nouveau bureau le jour qui a suivi la passation de service car étant subitement tombé gravement malade…
Tout a débuté la soirée même du mardi 22 avril par des maux de ventre très douloureux. Rapidement, les soupçons d’empoisonnement ou de missiles mystiques ont pris le dessus. Adoubé qu’il était, les chefs quartiers, détenteurs des us et coutumes, accompagnés des plus grands « Oubo », détenteurs, eux, de la puissance de feu, ont été mobilisés. Ils ont même reçu des renforts du Ghana voisin, mais le mal persistait. Les proches font état de vomissement de couleur noirâtre et de perte de sang sous la forme d’hémorragie sanguine. Tout se faisait concomitamment avec la médecine moderne, mais la détresse prenait toujours le dessus. Puis décision prise de l’évacuer sur le Centre hospitalier universitaire de Kara (CHU-Kara) à une soixantaine de kilomètres. Malheureusement, ni les mânes de nos ancêtres, ni la médecine moderne avec la mobilisation des plus grands docteurs n’ont pu empêcher le rappel à son Créateur de Wada Nissaou, le 19 mai 2025.
Les mots qui reviennent sur toutes les lèvres et qui circulent dans les réseaux se résument à cette phrase : « Il n’a pu prendre fonction après sa nomination car il a été empoisonné le jour même de la passation de service». Simples allégations ou imaginations ? Qui peut en être l’auteur ? Quelle barbarie pour un simple poste de SG d’une préfecture ?
Wada Nissaou, titulaire d’une Licence en Géographie, était un enseignant de carrière et directeur d’école dans le public. Lui qui a passé toute sa carrière à Bassar, est très sportif et membre de la classe dirigeante de Gbikinti FC. Inconditionnel du RPT-UNIR, mais très bien connu pour son calme olympien, Wada a servi en toute loyauté.
Souvent dans ce genre de circonstances, les familles s’en remettent à Dieu. Pas même d’autopsie, ni une enquête judiciaire. Les gens tentent de doigter X ou Y sans preuve et cela reste des rumeurs qui se chuchotent. Les recherches du coupable sur le plan traditionnel restent également des suppositions et le nom de l’auteur un secret des dieux. Toutefois, les cas sont très préoccupants et interpellent les plus hauts dirigeants du parti au pouvoir car le phénomène « parti politique égal ennemi » prend de l’ampleur dans plusieurs états-majors.
Jadis unis et solidaires, des frères et sœurs bassari sont devenus ennemis dans un clivage qui a débuté vers l’an 1958 avec les mouvements d’indépendance, l’« ABLODE ». La situation s’est exacerbée avec l’avènement de la démocratie où tous les extrêmes ont été commis. C’est à croire que le partage du gâteau politique chez des frères et sœurs est entaché d’une malédiction sans fin. Comme en témoigne un aveu, sous les tentes de Lomé 2, lors d’une des nombreuses réunions préparatoires des dernières élections législatives de la section UNIR Bassar où un ancien ministre, longtemps directeur général d’une société paraétatique, avait lancé à haute voix en langue locale : « Tu sais chez nous ce qui arrive aux gens qui ne veulent pas comprendre ». Il s’adressait ainsi à l’ancien SG de la Mairie de Bassar, actuellement Secrétaire préfectoral (SP) du parti des bleus. A la grande stupéfaction de l’assistance. Car selon les témoignages, cette insinuation ferait référence à une ancienne vedette de la chanson Bassar, un très grand militant qui peut s’assimiler à un milicien. Ce dernier dont l’épouse aurait été engrossée par un autre baronnet, était sur le point d’aller rencontrer le chef du parti d’alors pour lui livrer les secrets. Il aurait été dissuadé, en vain. Et comme un concours de circonstances, une bombe explose la chambre dans laquelle il dormait dans la nuit profonde. Le rendez-vous d’Abass a été automatiquement annulé car il est mort. Et la version officielle soutiendrait qu’il a été explosé par une grenade qu’il détenait dans sa chambre.
Le plus redoutable empoisonneur de la localité, selon M. Totti, un ancien commissaire de police en détachement à Bassar, serait un allogène Nago. « Moi-même j’ai failli y laisser ma peau. Nouvellement nommé, l’enseignant retraité m’a invité à son domicile une soirée. J’ai pensé avoir pris mes dispositions en partageant un petit pot avec lui. Mais sur le chemin de retour, j’ai eu tout le mal du ciel jusqu’à mon logement de fonction. Heureusement que j’avais toujours des antidotes sur moi… », a confié l’officier de police. Ailleurs, l’on a baptisé cette méthode d’empoisonnement « la fiole » pour désigner le vin, en référence au vin « Fiole du Pape ». D’autres témoignages parlent d’un ancien préfet, lors de la transition démocratique, du nom de Tchédré retrouvé mort à sa résidence de fonction à Bassar. C’est lui qui fut remplacé par le Colonel Ali Nadjombe pour rétablir l’ordre.
Pour spécifiquement ce poste de SG de la préfecture de Bassar, l’histoire retient que le prédécesseur de M. Nadjombe n’aurait fait que quelques mois. Les informations recueillies disent qu’il avait reçu simplement un appel téléphonique un soir et les malaises ont commencé. Ensuite évacué à Sokode à 57 km, il ne s’en est pas sorti. L’on dit que le préfet a été foudroyé par le téléphone…Et c’est après sa mort que M. Nadjombe a été nommé pour y séjourner de 2009 à fin avril 2025.
C’étaient les mêmes murmures d’élimination par empoisonnement lors des décès en série de l’argentier militant, ancien inspecteur des douanes de la circonscription électorale de Bangeli et de deux de ses proches dont Napo Iréné du parti des verts. Ce dernier était par la suite entré dans le conseil municipal de Bassar 1.
Selon de nombreuses personnes interrogées à Bassar et ailleurs, les techniques d’empoisonnement ont beaucoup évolué. Car autrefois, les gens soupçonnaient beaucoup les empoisonnements dans les buvettes avec parfois la complicité des serveuses et patrons des lieux, à l’aide de la bile du caïman ou du crocodile. Mais aujourd’hui, l’on évoque plus les contacts physiques par une salutation en se serrant les mains, d’autres plus mystérieux parlent de « miner » un meuble (bureau, chaise, fauteuil, vêtement, chaussure) ou encore ce procédé consistant, pour le malfaiteur, à manger ensemble un même repas ou partager un même pot avec sa cible et utiliser l’antidote ou les aptitudes nécessaires pour annuler les effets du poison, laissant d son côté sa victime trépasser.
Le mode opératoire le plus récent qui doit encore inquiéter serait l’usage des produits à bas prix qui circulent sur les étalages partout et dans les rues et destinés à lutter contre les souris et les rats dans les bâtis. Il semble qu’il s’agit des substances inodores, mais très toxiques qui peuvent être facilement dissimulées dans les sandwichs ou sur les brochettes… Aucun féticheur ou marabout au monde ne peut en aucun cas les détecter, encore moins y remédier.
Le climat n’est pas du tout saint entre les frères et sœurs du Grand Bassar. La dernière panique en date était la réception, pour la célébration de l’investiture de Faure Gnassingbé comme Président du Conseil (PC), le 3 mai 2025. Alors que les cadres du parti s’étaient transportés au domicile de leur consœur sur une colline à Kabou, s’ensuit la débandade car un membre s’écria : « Voilà Wada qui est mort et déposé à la morgue… ». Imaginez-vous-même la suite.
Il y a aussi des pistes que l’on n’explore jamais lorsqu’il s’agit d’une mort subite et des maux suspects. L’on ne doit pas aussi perdre de vue certaines réalités dans un univers marqué par des pratiques multicolores où l’apparence affiche 40% de chrétiens et 40% de musulmans contre 20% d’animistes, mais en réalité les 99% des pratiquants sont des animistes déguisés en chrétiens et musulmans.
En dehors des crises cardiaques et infarctus auxquels tout le monde est exposé à tout instant, l’humain même ingurgite du poison tous les jours. On peut citer, entre autres, toutes ces potions « magiques » que les charlatans et marabouts préparent sans contrôle et que les adeptes ingurgitent pour prétendre se protéger, pour obtenir des promotions ou encore conjurer les mauvais sorts. Sachant que presque tous ces prêtres traditionnels sont devenus des agents de renseignement au service des plus nantis et de potentiels ennemis. Voici un témoignage qui fait froid dans le dos : « Il y a environ 25 ans, j’ai été conduit chez un charlatan pour me soigner des sinusites chroniques. D’abord ce dernier a pris une lame très bien rouillée pour se scarifier et a ensuite voulu me faire la même chose avec le même objet. J’ai refusé et on était allé acheter une nouvelle lame. Puis après, il me prépara une poudre et c’était à base du venin du crapaud, des substances blanches qu’il avait extraites devant moi. Le mode d’utilisation était clair : ne jamais boire cette poudre avec de l’eau, mais uniquement avec du vrai Sodabi. Sinon, la substance se transforme en un poison terrible. Alors la grande équation est comment distinguer le vrai Sodabi du faux ? ». Propos de K. Amen. Rassurez-vous, le monsieur est toujours vivant, mais son médecin traditionnel a quitté cette terre depuis plusieurs années.
Qui sait si durant le processus de la nomination jusqu’à cette journée fatidique de passation des charges, le promu Wada Nissaou n’est pas allé ici et là dans le but de se ” fortifier”… C’est le propre du Bassar authentique qui ne se laisse pas aller au bon vouloir du vent. Beaucoup de personnes en ont été victimes et surtout certaines femmes qui mettent les produits des marabouts et assimilés dans le repas de leur mari pour fidélité ont fini par les empoisonner. Mais presque tout le monde pense que le nouveau SG a été victime d’un empoisonnement. Et c’est très regrettable que pour des postes politiques et aussi mineurs, des frères et sœurs ne se visitent plus, ne peuvent plus manger ou prendre un pot ensemble. Même se donner la main en guise de salutation peut être mortel ! Si jamais, par la force des choses, ils mangeaient ou buvaient ensemble le même repas dans les mêmes couverts, alors certains disent qu’il ne faut pas manger du sel ni le piment dans les jours qui suivent. D’autres conseillent de prendre la fameuse poudre noire, en prévision de toute éventualité d’empoisonnement…
Le serviteur Wada Nissaou s’en est allé, laissant derrière une veuve et des orphelins, mais également un grand vide dans la « Zone des 5B ». Ce grand vide laissé par la disparition violente de Wada est une opportunité pour la société civile et l’opposition qui peuvent s’organiser pour arracher des sièges lors des prochaines élections municipales de juillet 2025.
Toutes nos condoléances à la famille éplorée et que les âmes de tous ceux qui sont tombés sur le champ de bataille des frères et sœurs bassari reposent en paix.
La Rédaction
« TAMPA EXPRESS » numéro 0079 du 13 juin 2025










