Tout est équilibre et cycle; la répression n’a jamais eu raison d’un peuple! L’Archevêque Desmond Tutu rappelait : « nous sommes censés être les gardiens les uns des autres. Nous appartenons tous à une famille, une grande famille d’humains ». L’univers est fondamentalement amour. Alors on ne peut perfidement bafouer ses lois sans en récolter les conséquences, d’une manière ou d’une autre. Le comble est qu’après les élections municipales du 17 juillets dernier, le pays est retombé totalement dans le parti unique. Le système RPT/UNIR s’est accaparé de tout; Président de la République (PR), Président du Conseil (PC), le parlement, les conseillers régionaux, maires, sénateurs, l’entiè0reté de l’administration publique et toutes les autres institutions de la république. Le modèle togolais n’est autre qu’une démocratie falsifiée…
Et pourtant, le Togo est l’héritage commun de toutes ses filles et tous ses fils. Les citoyens veulent simplement pouvoir vivre de leurs efforts et non survivre, respirer et non étouffer, se mouvoir et non être enfermés, avoir le rêve d’un lendemain meilleur et non le cauchemar d’une vie hypothéquée. Pourtant, tout porte à croire que certains auraient reçu le Togo en héritage exclusif ou simplement le considère comme un jeton de casino. Ils torturent, musellent et éteignent tout souffle qu’ils jugent être hors de leur circuit.
De plus, la manipulation des faits semble institutionnalisée. Ils vont jusqu’à renier l’utilisation de nervis au vu et au su de tout le monde. Selon John Bunyan, « La route du déni mène au précipice de la destruction ». Le point de rupture est atteint. Maintenant, il faut aller à des décisions salutaires pour la République et ses filles et fils. On ne peut pas entreprendre des changements fondamentaux, sans une certaine dose de folie, disait Tavio Amorin, assassiné froidement au quartier Tokoin Gbonvié à Lomé par un certain Karéwa Kossi, policier de son état dont la carte d’identité nationale a été retrouvée sur les lieux du crime, il y a 33 ans ou presque.
Le passage obligé : Amnistie, libération de tous les prisonniers politiques, une constituante ou une transition et la réforme des institutions de la République

Des manifestants togolais devant la police à Lomé, Togo (VOA/Kayi Lawson)
Parfois, l’on est tenté de se demander si les autorités togolaises qui ont mis en place la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR) sont sincères avec le peuple. D’une chose l’une, soit le pouvoir de Lomé s’entête et conduit le pays dans un cul-de-sac, soit il prend finalement conscience et fait le minimum qui est acceptable dans les circonstances. Il faut absolument sortir des sentiers battus :
- Prendre une amnistie qui permettra aussi à ceux qui ont été poussés à l’exil de revenir au pays sans craindre la répression inique. Alors, cette amnistie ne s’impose pas parce qu’il faudrait accommoder des criminels, mais elle s’impose simplement pour corriger les abus et les injustices commis à l’égard de citoyens, dont le tort aurait été de penser en dehors de la boîte. Il faut remettre les pendules à l’heure. Ils ont été déclarés en conflit avec des lois abusives. Une loi qui s’est éloignée de la justice et de la morale ne peut s’imposer. C’est ainsi que Saint Augustin disait « une loi injuste n’est pas une loi ».
- Libérer tous les prisonniers politiques : l’ancien député Kpatcha Gnassingbé et le reste des co-accusés, le jeune Sokpor Sitsopé Honoré alias Afectio, Abdoul Aziz Goma, Jean Paul Omolou, les jeunes connus sous l’appellation « Tigre Révolution », tous les autres détenus politiques dont ceux des manifestations depuis juin dernier.
- Convoquer une constituante pour rétablir pour un temps l’ordre constitutionnel qui a été perverti et travailler sur une République consensuelle, une 4e consolidée ou une 6e. C’est-à-dire qu’il faut arrêter cette folie noctambule de la 5e République, qui d’ailleurs ne fonctionne pas. Les institutions prévues, et exigibles n’ont pas été installées malgré le délai d’un an imparti. Cette nouvelle constitution est déjà avariée, et pour avancer, l’on devra déjà la réviser. Alors pour sortir de cet imbroglio, le parlement actuel (Assemblée nationale et le Sénat) doit être dissout pour enclencher une transition politique vers le renouveau au Togo.
- Faire une transition qui pourrait fonctionner par ordonnances si requis, le temps de conduire le processus de réinitialisation des institutions. Le mal est si profond et il faut une thérapie de circonstance; de l’audace.
- Entamer alors la refonte des institutions de la république, notamment resserrer le nombre de Députés en s’inspirant du découpage de 1992, des conseillers municipaux et régionaux, supprimer le Sénat et les postes de gouverneurs de régions.
Ramener l’Assemblée nationale à 83 députés, plus ou moins
Siège de l’assemblée Nationale Togolaise
Le petit rectangle Togo, 56 700 km2, est doté de 113 Députés, 61 Sénateurs, 39 Préfets, 117 Maires avec 1527 Conseillers municipaux et 179 Conseillers régionaux et une multitude d’institutions de tout acabit dont les chefs canton et de village. L’urgence du moment est d’aller au concret et plus sacrant.
À la suite d’analyses, de simulations et dans les circonstances où les besoins en infrastructures, logistiques, couvertures et autres sont criants ; le Togo dans un processus de refondation pourrait se doter d’un pouvoir législatif efficient avec 83 Députés. Et là encore, le Togo aurait une moyenne nationale de 97 536 hbts/siège, toujours bien inférieure à 100 000 hbts/siège. Dans un souci d’équilibre divers et de poursuite de la communauté d’intérêts, la région Maritime pourrait se voir attribuer 24 sièges sur 83 (28,9%), les Plateaux 19 (22,9%), la Centrale 11 sièges (13,25%), la Kara 14 sièges (16,87%) et les Savanes 15 sièges (18,07%). Le processus de décentralisation entamé est à revoir ou améliorer pour que les structures locales assument pleinement leurs rôles de gouvernement de proximité. Il faut gagner en efficacité pour le bien collectif. L’émiettement des communes dans les grands centres urbains est contre-productif eu égard aux besoins structurels d’infrastructures à satisfaire, notamment l’assainissement, le drainage, égouts, station d’épuration, transports et autres. Ainsi il faudrait ramener le grand Lomé à tout au plus 2 communes, Lomé et Agoe-Nyivé, en lieu et place des 13 communes.
Réajuster le découpage électoral sur des bases pérennes et équitables
Il est nécessaire de définir un quotient pour le découpage avec une marge ou une fourchette qui donne naturellement une place prépondérante au poids démographique, mais pas exclusive, et qui intègre aussi la géographie, la notion de continuité territoriale et des composants de la communauté d’intérêts et d’autres caractéristiques distinctives. Ce quotient peut être revu à une fréquence prédéfinie, ou simplement après chaque recensement général de la population. On pourrait opter pour autant de circonscriptions électorales que de sièges et pour un scrutin direct uninominal, qui offre relativement plus de clarté et prête moins de flancs à certaines formes de contorsions. Tout système est perfectible, mais il faut toujours aller au meilleur de ses ambitions et de ses réalités.
Alors on aurait le quotient X = P(population) divisé par N(nombre de sièges), plus ou moins 25, ou 30%, donc une fourchette (entre 70% ou 75% à 125% ou encore 130%). Le quotient retenu X est donc le milieu de cette fourchette. Bref, la population totale est divisée par le nombre de sièges, couplé d’une marge de plus ou moins 25 ou 30%; avec l’obligation qu’aucune circonscription électorale ne doit avoir un nombre moyen d’habitants/siège inférieur au minimum ou supérieur au maximum de la fourchette définie. Ce qui implique que des niveaux plancher et plafond soient appliqués. Il pourrait y avoir par contre quelques rares exceptions à convenir selon des cas très particuliers.
Supprimer simplement le Sénat et les postes de gouverneurs, entre autres
Le sénat et les postes de gouverneurs de régions devaient être simplement abolis. Ce sont des institutions qui dans le contexte togolais n’ont pas de valeurs ajoutées, mais qui par contre pèsent lourdement sur le budget national. En fait, pourquoi il faut absolument changer de paradigme et réinitialiser les institutions de la République? On ne peut continuellement faire les mêmes choses et espérer un résultat différent!
C’est au Togo et plus grave dans la 5e République qu’on observe des cumuls de fonctions qui souffrent d’incompatibilités constitutionnelles notoires et qui frisent le ridicule. Ainsi, la République de Faure Gnassingbé compte des députés-ministres dont d’autres sont membres du bureau de l’Assemblée Nationale, ou encore des personnalités qui sont des cadres, directeurs généraux des sociétés parapubliques et étatiques qui sont ministres, maires et/ou sénateurs. Et dans le cadre des récentes élections municipales, on retrouve par exemple des sénateurs sur les listes, entre autres. Pis encore, l’on note depuis un temps, la présence massive des Secrétaires généraux (SG) de l’administration publique et dont des ministères qui sont candidats (exclusivement) sur des listes du parti présidentielle Unir. Ce qui constitue un véritable danger pour la république.
Le pays ne dispose pas non plus d’un Grand Chancelier depuis que M. Barry Moussa Barqué a été propulsé président du sénat.
La constitution est un consensus apaisé qu’un peuple se donne à un moment donné. Mais le pouvoir d’établir un nouvel ordre juridique et constitutionnel relève du pouvoir constituant originaire qui est détenu par le peuple. Ce nouvel ordre émerge lors de changement de régime, par exemple, à moins d’exceptions comme dans les situations de guerre, de naissance d’un nouveau pays, etc. Ainsi, un changement de constitution ou toute nouvelle constitution ne saurait se faire en dehors du constituant originaire. Le constituant dérivé, par exemple une représentation déléguée, peut intervenir lors de modification d’une constitution, et non pour changer de régime. Alors, la 5e république échafaudée en dehors du constituant originaire pour confier l’absolu du pouvoir exécutif à quelqu’un qui n’a pas été élu d’aucune manière est de la pyrotechnie. Le potentiel de dégâts est inimaginable.
La 5e République, la patate indigeste pour les initiateurs n’est pas respectée, mais alors!
La constitution transhumante de la 5e république est incontestablement la braise des nouvelles contestations. Elle a été adoptée le 25 mars 2024 par une Assemblée nationale en fin de mandat et promulguée le 6 mai 2025. Elle a été tout simplement imposée au Togolais. Le verre était déjà plein et il a suffi de quelques gouttes de plus pour le faire déborder. Alors que la constitution adoptée par référendum à près de 97% le 27 septembre 1992, même charcutée à plusieurs reprises dispose en l’alinéa 6 de l’article 144 que « la forme républicaine et la laïcité de l’État ne peuvent faire l’objet d’une révision »; alors que les alinéas 1 et 2 de l’article 59 stipulent « le Président de la République est élu au suffrage universel, libre, direct, égal et secret… Cette disposition ne peut être modifiée que par voie référendaire ». Ils peuvent tant s’égosiller, mais les faits sont têtus.
Lorsqu’on constate que le parti UNIR (P-UNIR) ne respecte même pas sa propre constitution, on comprend aisément l’objectif qui soutenait cette opération. Ainsi, l’article 95 de leur constitution du 6 mai 2024 imposait un délai de 12 mois pour mettre les institutions de la République prévues par la constitution. Cela n’a pas été respecté. Seulement, le Président du Conseil (PC) et son Président de la République (PR) épouvantail ont prêté serment le 3 mai 2025. Même le gouvernement qui naturellement devait compléter l’exécutif n’est pas formé des mois après ces prestations de serment. Dans la pratique, on observe mille et une amalgames. Exemples 1 : depuis leur prestation de serment le PR n’a pas de palais pour le service ni de résidence officielle, mais M. Jean-Lucien Savi de Tové n’a réapparu que le 16 juillet lors d’une audience qu’il a accordé à une délégation du Conseil national des chefs traditionnel de son pays. Exemple 2 : l’on a aperçu par moment, le PC ou PCM dans l’usurpation de titre et parfois un cortège griffé PR. On a parfois l’impression que les événements dont l’édition « EVALA 2025 » sont orchestrés juste pour une dissémination la nouvelle appellation comme c’est le cas à l’école maternelle.
Alors, la 5e République est un enfant mort-né. Elle est caduque et toute velléité, manipulation ou circonvolution ne peut la réanimer. De sorte que les initiateurs semblent dépasser par les évènements. Cette constitution ne peut plus tenir, un point c’est tout. Il faut remettre les pendules à l’heure.
Plus de place pour le marché de dupes, car tant d’accords ont été conclus, mais non respectés
Le pouvoir de Lomé ne respecte aucune parole donnée, du père au fils. Ainsi, depuis l’historique 5 octobre 1990, la scène politique togolaise a connu près de 27 ou 28 négociations ou accords politiques sans résultats, dont les accords COD-I, COD-II, COD-III, Ouaga 1, Ouaga 2, l’APB (l’Accord Politique de Base), l’APG (l’Accord politique global), CPDC (le Cadre permanent de dialogue et de concertation. Par ailleurs, le père Gnassingbé Eyadema ne respectera même pas sa parole de général donné au président français Jacques Chirac en visite de travail au Togo en juillet 1999, notamment qu’à « la fin de mon mandat, j’irai me reposer au village. Non seulement la Constitution ne sera pas révisée, mais mieux, je la respecterai: on ne fait pas une loi à la taille d’un homme. Parole de soldat! ». Il s’accrochera au pouvoir jusqu’à son décès le 5 février 2005. C’est à ce point.
Donner un nouveau souffle pour le financement du nouveau Togo
Tout projet nécessite un financement, le nerf de la guerre. Face au niveau élevé de l’endettement que connait le pays, il est nécessaire de prendre des décisions courageuses et stratégiques. Sachant que cette dette est établie à 4217,73 milliards FCFA (EUR 6,42 milliards) en décembre 2024 pour une mobilisation de fonds étranger de plus de 15 000 milliards FCFA durant les quinze dernières années.
Il faut renégocier les dettes du Togo avec tous les partenaires sans exception, dont le FMI et la BM ; rééchelonnement, remise de dette, renégocier le service de la dette. Ces partenaires sont aussi responsables de cet endettement, car finançant au-delà des capacités du pays des projets qui n’aboutissent jamais et ne faisant apparemment pas les suivis adéquats.
Le gouvernement de transition doit également rompre ou restructurer pour au moins 5 ans, tous les contrats de concessions – port, gisement, télécom, SEGUCE-ANTASER– afin de canaliser les revenus du pays pour financer la politique des grands travaux. Il faudra assainir les finances publiques, assigner des indicateurs de performance, changer tous les directeurs généraux des sociétés étatiques et libérer tous les retraités… Selon le ministre Kokou Edem Tengue « la zone maritime contribue à hauteur de 50% au PIB du Togo. Elle représente 75% des recettes fiscales et 80% du commerce extérieur ». Alors, il est inimaginable que pour un port qui mobilise un chiffre d’affaires plus de 39 milliards FCFA en 2023 (EUR 59,46 millions) continue de rouler sur les crédits bancaires pour payer des charges courantes. Il en est de même pour la SAFER, l’OTR et autres.
À propos, en s’inspirant du cas de l’Angola, l’amnistie proposée pourrait inclure les détourneurs des deniers publics, sous réserve de remboursement et rapatriement des fonds et biens dérobés au profit des caisses de l’État togolais.
Le pays peut également faire des économies en agissant sur certains pans comme la réduction drastique, mais bien pensée de la population carcérale qui est estimée en 2024 à 4990 pour un taux d’occupation de 183%. Et si l’on considère qu’un détenu coûte en moyenne 25 000 FCFA (EUR 38,11) par jour soit 750 000 FCFA (EUR 1 143,37) par mois pour un total annuel de plus de 3,74 milliards FCFA (EUR 5,7 millions). C’est inadmissible de nourrir gratuitement les bras valides qui sont une force de travail dans un pays où le SMIG théorique est de 52 500 FCFA (EUR 80,04) par mois contre 200 000 FCFA (EUR 304,90) à 600 000 FCFA (EUR 914,69) pour un cadre A1.
Le pays dispose encore de beaucoup de niches fiscales. Enfin, la restauration de la confiance de l’État vis-à-vis des citoyens peut susciter l’épargne populaire.
Tout ce qui est conventionnel et surtout accommodant pour le pouvoir de Lomé, mais aussi pour une certaine opposition a été essayé. Il faut oser maintenant inventer l’avenir sur la terre de nos aïeux. Le père Séverin Gakpe dans sa « déclaration d’un togolais affamé » du 13 juillet 2025, à l’occasion de son anniversaire pour ses 70 ans de naissance, exhorte le gouvernement et l’opposition : « arrêtez de nous tourner en bourrique. Arrêter de faire passer vos intérêts personnels et mesquins dans les sillons si profonds que vous tracez sur le dos déjà meurtri de votre peuple… »
« Dans l’unité nous voulons te servir…Seul artisan de ton bonheur, ainsi que de ton avenir, brisons partout les chaînes de la traîtrise, et nous te jurons toujours fidélité, et aimer servir, se dépasser, faire encore de toi sans nous lasser, Togo chéri, l’or de l’humanité ».
Joseph Atounouvi
« TAMPA EXPRESS » numéro 0082 du 30 juillet 2025